Fondations Edmond de Rothschild
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Séminaire de recherche à Cambridge: "1848 comme charnière dans l'histoire de la pensée politique"

31/05/2012 - Education

Alors que le "Printemps Arabe" a fait éclore en Afrique du Nord une série de révolutions politiques, un séminaire s'est tenu les 10 et 11 avril derniers à Cambridge autour des enjeux du premier "Printemps des Peuples" de 1848, qui représente un des jalons de l'histoire des révolutions dans le monde.

Les 10 et 11 avril 2012 s’est tenu sur le campus du King’s College à Cambridge le premier séminaire de travail d’un projet de recherche intitulé : « 1848 comme charnière dans l’histoire de la pensée politique ». Aussi appelée « Printemps des peuples », l’année 1848 marque en Europe l’émergence d’une vague de révolutions politiques, à la croisée entre des soulèvements populaires contre un certain nombre de régimes monarchiques d’une part, et un large mouvement de redéfinitions et d’innovations théoriques d’autre part, autour du libéralisme, de l’anarchisme et du socialisme notamment.

Sous la direction du Professeur Gareth Stedman-Jones, ce premier séminaire de recherche aura réuni les meilleurs chercheurs européens en histoire politique, en philosophie, en droit et en littérature. Conformément à une méthodologie en histoire de la pensée qui s’est développée à Cambridge au cours des années 60, la diversité des points de vue exprimés, la complémentarité des disciplines a permis de resituer le propos des acteurs de cette époque dans un cadre historiquement déterminé, qu’il appartient à l’historien de reconstruire. L’exposé des travaux respectifs et les débats qui ont suivis ont ainsi contribué à renouveler la manière d’appréhender les acquis, les échecs et les bouleversements que 1848 a gravés dans le marbre de l’histoire politique européenne.

Parmi les nombreux travaux de qualité qu’il serait difficile de restituer ici dans leur intégralité, on retiendra par exemple l’intervention de Jonathan Beecher (Université de Californie, Santa Cruz) sur le magistral ouvrage d’Alphonse de Lamartine, « L’histoire des Girondins », dont Victor Hugo écrit un jour qu’il avait appris la Révolution à la France. L’auteur y développe une version romancée de la Révolution française, faisant parler les grands acteurs de 1789, de Marie-Antoinette à Charlotte Corday, de Robespierre à Vergniaud. À travers cette relecture d’évènements qu’il n’a pas directement vécu (car né en 1790), Lamartine donne à voir les Girondins comme des modèles en négatif, des rhétoriciens de la révolution, tour à tour inconstants et opportunistes. En réhabilitant cet épisode de l’histoire moderne, Lamartine l’inscrit au cœur du romantisme dont il sera l’un des meilleurs représentants en France. Par ailleurs, l’idée qu’il se fait de la révolution le guidera lui-même en tant qu’homme politique, puisque c’est en se remémorant que la révolution doit accoucher d’une « République de la Nation entière et non d’une République de partisans » qu’il choisit le drapeau tricolore bleu, blanc, rouge sur les marches de l’Hôtel de Ville de Paris le 23 février 1848.

Les Fondations Edmond de Rothschild sont fières de soutenir le premier de cette série de séminaires qui conduiront à la publication d’un ouvrage collectif. Dans un contexte où le « Printemps arabe » a directement établi un parallèle avec la symbolique de 1848, il est fondamental de comprendre les ressorts des révolutions passées ainsi que l’histoire qui en a été écrite, afin de mieux discerner les changements qui se profilent dans les sociétés en mutation politique. En ce sens, la connaissance éclairée de son passé demeure en soi le meilleur moyen de tracer les chemins de demain.