Spotlight sur les jeunes acteurs de la Saison 4 - Ier Acte

26/02/2018 - Arts

La Restitution de la Saison 4 du Ier Acte aura lieu le lundi 5 mars 2018. Découvrez les histoires des jeunes acteurs de cette saison inoubliable.

La Restitution de la Saison 4 du Ier Acte aura lieu le lundi 5 mars 2018 à l’Odéon – Théâtre de l’Europe. Cette soirée sera l'occasion pour les lauréats de la quatrième promotion du programme Ier Acte de restituer tout ce qu'ils ont appris et vécu lors de ces sept mois intenses, ponctués d'ateliers pratiques et théoriques menés par des artistes renommés. 
 
Ier Acte a pour objectif de promouvoir une plus grande diversité sur les scènes des salles de théâtre. Ces jeunes acteurs ont la particularité, outre leurs rêves et talents de comédiens, d'avoir tous été victimes de discrimination au cours de leur parcours artistique, personnel ou professionnel. Ier Acte leur offre finalement une chance de rebondir quand cette discrimination les empêche d'avancer et de percer les plafonds de verre.
 
Simon Jacquard, un de ces jeunes artistes, nous partage un souvenir marquant : 
 
"À Avignon avec Olivier Py, nous avons fait trois filages de suite de Hamlet. Je jouais le rôle du roi et Hamlet et au moment où nous commencions le filage, j’étais une autre personne, j’étais dans un autre monde, j’étais suspendu dans un autre temps, et je ressentais une grande jouissance à jouer ces deux rôles…” 
 


Le jeune acteur, en raison d’un problème à la naissance, a de légères difficultés motrices qui rendent son corps peu souple. Mais sur la scène, il porte ses rôles sur ses épaules.
 
“Le fait de projeter la voix, de prendre le personnage à plein le corps, et donner vraiment notre texte aux spectateurs, surdimensionnait cette jouissance. Ces premiers filages ont produit chez moi une énergie folle et qui n’arrêtait pas de monter."


Emika Maruta nous raconte un souvenir inoubliable. « L'expérience bouleversante que j'ai vécue grâce à Ier Acte était à l'Antigone de Sophocle mis en scène par Satoshi Miyagi. Je pense qu'inconsciemment c'est un spectacle que j'attendais de voir depuis toujours. C'est ce qui a fait qu'aujourd'hui je peux me sentir légitime à défendre des textes du répertoire classique qui m'est cher. »
 


Franco-japonaise, Emika a rencontré les difficultés parce qu’elle n’est pas « une eurasienne comme les autres. » Elle a grandi en France et a vécu des expériences en casting où, par exemple, le fait de ne pas avoir d’accent stéréotypé lui était reproché. 
 
Mais, de ces difficultés, elle en a fait une force : « Cultivons nos différences! » dit-elle « Mettons sur un plateau des blancs, des noirs, des jaunes, des maigres, des gros, des hétéros, des homosexuels, des gueules cassées... et écoutons ce qu'ils ont à dire : ‘Regardez-moi, je suis la France aussi.’ »


Kadir Ersoy, quant à lui porte un autre regard Ier Acte, une expérience pas seulement ‘scolaire' : 



« L’un de mes plus beaux souvenirs a sûrement été, pendant une session à Strasbourg… la redécouverte du théâtre comme passion, art, vie multipliée, jouissance, connaissance et surtout humanisme ... Il y a une chose essentielle sur l’acteur : la singularité. L’acteur est délivré à lui-même et ce qui importe est comment il arrive à partager, et communiquer avec le public au travers de sa propre personnalité. Ce que 1er Acte propose est que la discrimination se transforme en une force singulière. La singularité n’est pas comment se distinguer des autres, mais comment découvrir l’unicité et l’universalité que notre âme recèle. »


Au terme de son expérience au sein de Ier Acte, Inés DHABI se sent plus libre d’exprimer ce qu’elle est :
 
« Pour moi tous les stages ont été marquants dans la globalité. C’est une expérience théâtrale hors normes où rien n’est réellement prévisible puisque nous faisons du théâtre et le théâtre, c’est un fragment de vie et rien n’est prévisible dans la vie. »
 
Inès a également su s’épanouir professionnellement, et surmonté des discrimination à la fois physiques et intellectuelles : 



« J’ai défendu deux aspects d’une discrimination. La première a été une discrimination intellectuelle que j’ai subie lors de mon enfance. De vivre dans une famille qui ne m’a pas offert une liberté de créer, de penser… et pousser à une curiosité face à l’art et la littérature… ce qui m’a souvent donné le sentiment de retard face à mes camardes avec lesquels je travaille. Physiquement, les cheveux lisses sont la norme, et il m'a souvent été difficile d’accepter les miens. »
 
Avec ses expériences cette dernière année, elle dit : « Aujourd'hui, j’accepte pleinement mes cheveux qui sont devenus une véritable force, un trait véritable à mon moi et un pas de plus face à mes origines et mon histoire pour comprendre l’à d’où je viens. »


L’absence d’un accès à une éducation artistique pendant son enfance était une difficulté également vécue par Aymen Bouchou.
 
« La musique, la danse, le théâtre et l’art en général ne sont pas des choses dans lesquelles j’ai grandi. Je ne suis pas issu d’une famille d’artistes. Mes parents ne sont jamais allés au théâtre. Mes grands-parents sont analphabètes. Je me suis toujours senti illégitime par rapport à ce milieu artistique.»

 
Mais avec Ier Acte, il s’est retrouvé parmi ses égaux, et il a trouvé sa voix en assistant aux pièces de théâtre en Avignon : « La représentation de « Les Parisiens » d’Olivier Py au Festival d’Avignon m’a profondément marqué. C’était la puissance vocale époustouflante des comédiens… je n’avais jamais vu ça. La salle était immense, et pourtant leur voix nous parvenait clairement et puissant. Désormais je ne passe pas un seul moment sur un plateau sans que je ne pense à ce moment. Épique. »


Pour Merwane Tajouiti, son moment le plus marquant était pendant une intervention de l'actrice Annie Mercier.

"Annie Mercier a su voir qui j'étais réellement, elle a fait en sorte que les mots de l’auteur rencontrent mon intime. C’était la première fois que j’etais moi-même sur un plateau de théâtre et c’est un moment qui m’accompagnera toute ma vie. Ce qui me rend à part c’est ce que je défend : le silence. Pour moi, chaque mot doit pousser à se taire, et à agir pour rassembler. Il faut travailler à trouver la musique dans le langage et je veux y trouver la même universalité que l'on peut trouver dans la musique. La discrimination que j'ai subie est que je ne viens pas du milieu culturel ni artistique - mais je ne suis pas victime. Tout ce que j’ai subi... aujourd’hui c’est ce qui fait ma force."

 

Photo Credits : Jean-Louis FERNANDEZ